Textes

Ecritures automatiques et semi-automatiques

L’air devine, 2018

Volet d’eux. Pénarde alors suis dans les bois. Hutte sous les feuillages et par la fenêtre bleue : toi. Je sais pas si marronnier ou châtaigner et d’ailleurs voilà qu’on s’en fout bien. Tu es toi. Et on te dirait saule ou soupière que tu serais toujours toi. Tu te fous bien des noms que l’on te donne, et moi d’un bonheur l’autre je suis toute fourmi affaire et cacahouète devant toi qui est le ciel et la terre et tout l’alentour réuni en un seul tronc avec aussi le soleil entre toi et les feuilles des autres qui font comme des paillettes et la branche morte qui te sort de dedans le ventre tout ouvert.

Volet l’un. Oui oui oui pissenlit que je sais pas comment qu’on t’appelle avec les petits feux follets blancs de coton, tu t’agites dans le vent tranquille et serein et tout sous toi il y a petit insecte à sa porte qui est aux aguets et bricole comme quand on se prépare au petit déjeuner. Je veille ici devant toi pissenlit dans les champs au soleil et ce petit coin là est ton royaume à côté de tes compères avec qui tu discutes.

Ca-gaz-en stage, 2018

Labo terre envoyée du ciel avec les mains pleines et brunes. Peinture coule à faire sang rouge au cou et encre noire jetée, tout ruisseau que c’est avec un visage qui n’est plus et qui devient, qui nait qui vient, des traits qui circonflexent entre des doigts trempés. Pluie framboise éclabousse et dégouline quand tout soudain c’est un trou sombre qui sort du crâne et voit des cornes se soulever. Et un et deux et trois seaux sur une mer plastique qui crisse et glisse sous des corps dégourdis. Ca fend l’air d’un masque l’autre, ça prend d’assaut les « moi je suis » et « moi je sais », ça les vomit en grand sur des tignasses de boue, à terre, élevées et silencieuses. Et les yeux s’abandonnent à ce qui vint noir et va loin.

Chant libre sous la neige, 2018

Bonjour. C’est le bon jour de la clé des champs, l’athlé du chant libre qui a touché l’hiver. Aleluia. Nous que je suis-je, on veut le vrai hiver, celui qu’avec le coeur chaud. Je peux pas jouer dans le noir, quand tout est coupé, et le jour et la nuit. Un coeur absent est un monde mort. Je suis pas, dans le froid infini. Suis pas, sans l’âme. Pas sans pluie. Petite plante fut malade, à cause que c’était pas sa terre bonne. Bonne terre, t’as cherché dans toi les choses qui font du bien, et la tige a poussé. Tu plantes et pousses à la lumière, toi qui est plus grande que haute et autrement si folle d’esprit, si folle en arts. Les arbrisseaux sont des tiges folles qui se prennent pas pour des chênes mais qui regardent haut. Autrement. Folie pure. La boue est bonne quand elle sustente. La merde est bonne quand elle s’en sort, du fond du bide. La merde sans issus est un arbre mort. Où est passé la récré des merdes mortes? La récré des bidons pleins? L’espace ouvert aux cris aux pleurs aux peurs? Il est où donc ton clown? Dans ta boîte à pantins. Trouve ici ce que tu cherches ailleurs. Triture dans toi ce que tu écrases en l’autre. Toi aussi rentre chez toi, reviens à l’hiver chaud et donne toi la terre dont tu as faim. C’est pas dans le bide des autres que tu mangeras mieux. Ca se meurt d’être mangé. Basta. Arbrisseau dit que c’était trop froid ici, trop sec, trop saignant bleu à point final et sale. Sans eau, sans air, sans âme. Ecrasé haché menu et tout ça mis dans la machine à laver pour te triturer le bout du slip. Arbrisseau veut ça du tout noir bordé de couleurs. C’est ça qu’on donne au monde, pas que des cailloux. On donne des cailloux qui respirent. Nom de Dieu. Un coeur fermé est un monde mort. Ah ça. Suffisait d’un seul pour tuer le monde. Et le clown sacré n’est pas là, il est éteint partout là où par miracle il avait su se frayer un chemin. Parce que sans eau sans terre sans air il marche pas droit. Mais le pas droit qui fait qu’il se prend des murs qui ne tombent pas. Bon. Fallait juste passer la porte, il m’a dit le clown. Arbrisseau passa la porte. Et voilà qu’ici c’est l’hiver et le vrai, celui qu’a le coeur chaud. Du froid bordé de chaleur. Du noir bordé de couleurs. Ici la terre est partout pareille à la vie qui prend vie, la flamme qui se rallume et l’amour qui rapièce les visages déchirés. Et tout ça c’est beau et c’est pas grave. C’est la vie qui nous fait s’éteindre et s’allumer, s’éteindre et s’allumer, s’éteindre et s’allumer, s’étreindre et saluer.

Aux clounes des mondes, 2018

C’est tout un espace vide, et plein d’air, plein de choses qui sont du vide avec de l’air dedans. C’est tout ça mis ensemble sur un plateau de bambou, avec des gens dedans qui mettent un nez et se dandinent sur des bruits de partout, tout ça vivant ensemble qui fait la fenêtre sur le monde. Secouer fort les petits bidons que nous sommes et laisser résonner, éclabousser, éventer le grand chapiteau qui nous embrasse. Vous êtes grands. Vous êtes pleins. Vous êtes plein du vide rempli d’air qui fait ding dong partout  dans le corps. J’aime vous. J’aime vous voir et que y a pas de sens habituel. Vous baillez pas pareil, sur un plateau plein d’air. Je vous regarde pleins de couleurs et je vois. Vois tout doux avec des yeux plus clairs. Quand vous avez la couleur sur la peau, les bras d’orange vêtus, les verts à pois. Pleins de couleurs oui et sauvages et tout comme des passoires qu’on aurait laissé couler l’eau dedans. Vous êtes de vivantes passoires qui peuvent se mettre dans tous les sens, sûr, y aura toujours des petits trous rassemblés tous prêts à se laisser traverser. Ça fait de l’air de boire l’eau qui coule de ça qui git, boire la tête penchée par le dessous et même moi aussi me laisser envahir par les tempêtes que ça cause, les petits bidons secoués. Les petits bidons pleins tout remués dans un chapiteau de presque bois. Alors je suis chouette dedans ma poire, j’ai guili guili partout le corps et des tendresses qui se cognent à mes petits nuages qui vont flottants dessus le ciel. Je suis toute ouïe et la lanterne toute éblouie, avec les pieds en avant et les mains elles aussi tendues pleines de vides vers le devant de la terre. C’est tout ouïe toujours partout.

A l’antre sabordage, 2018

On s’endort sur un coin de table et toute une digestion s’opère. Digérer un jeu, des gestes et des sons. Digérer un drame éveillé, tourneboulé, vivant. Digérer des regards, des mains qui accompagnent. Digérer une créature qui s’installe en soi, goutte à goutte. Un être qui se fait une place et dit, dit notre histoire. Faire son nid dans une œuvre commune. C’est nos cellules qui jubilent et qui craignent parfois pour leur peau. C’est se rassurer beaucoup, se laisser porter par des états qu’on ne voulait pas. Et voir alors surgir depuis le haut des marches un quelque chose de plus grand que soi, de plus grand que nous tous réunis. Un navire. Une mer. Des êtres qui se fondent, des êtres qui se touchent. Tous sur un même bateau. Un simple doigt mis dans l’engrenage et tout nos corps s’en voient comme pris de court. Courts sur pattes petits drames et patatra. Idées reçues tombées, encore. Aleluia. Et voilà qu’aujourd’hui sommes hors du grand sans nom de nos petits bobos, réunis enfin au monde neuf d’un grand tas de vies fin prêtes, presqu’alignées au bord de tous les embarcadères du monde. Voilà nous. Ça va et vient se rassemblant, une phrase après l’autre. Une trame, deux trames, trois trames… Sans perdre un seul mouvement de vague. Sans même manquer le cœur du vent. Jamais perdre le son de l’air qui nous embarque sur son passage, celui caché derrière le noir.

La pelle, 2017

J’appelle à nous l’énergie pure du spontané, la folie, le déjanté, sans limites et sans murs, sorti des routes ! J’appelle le dépassement et la tendresse, les colères assumées face à tous ! J’appelle à nous la pleine liberté, la danse profonde qui font se jouir nos bizarreries sacrées ! Tout lâcher, tout re-convoquer ! Avoir des couleurs plein la gueule, se regarder droit dans les yeux, et pleurer ! S’en mettre plein les yeux, se baigner dans la boue, les eaux, les herbes, rire ! Nous voir nous autoriser à être cons, à être sales, à être impolis, bourrés d’amour, ivres de joie, remplis de oui ! Nous voir ainsi vrais, grands, libres, vivants, beaux, complets et mouvants, toujours mouvants ! J’appelle notre complétude, notre vérité à chacun, notre art d’être ensemble, notre pouvoir de créer et mettre bas nos cellules ! Mon rêve, oui, serait de laisser toute la place à la vie, parce que y a rien de grave, tout ça c’est du jeu, comme de l’eau qui coule…

Un poète avale, 2017

Rentrée à la pas vraiment maison mais comme si je crois et lavé costumes qui puent que j’aime vos odeurs toutes douces et acidulées me font bien du bien au crâne. Rentrée dans les rangs non pas du tout surtout pas moi j’ai pleuré beaucoup dans les trains et les trottoirs avec ces petits mots doux dans le ventre que j’avais le souvenir d’entendre et que j’entends encore au fond des oreilles avec aussi le bout des doigts qui sont toute sensation du toucher de vos bras et vos dos et vos petits visages jolis jolis, vos frimousses toutes enchantées et le feu du soir avec les étincelles comme on est et la nuit noire avec des petits bruits de pas. Rentrée sors dans le fond de la vie et avec aussi des petits pieds sur le chemin qui me ramèneront à vous encore parce que je sais bien que les petiots sont voués toujours à se retrouver dans les petits villages et sur les collines quand il fait chaud ou quand il pleut et qu’on voudrait prendre le large pour aller voir les horizons et se tremper les yeux comme on sait tant. Rentrez vous aussi et prenez tout le bien de vous pour vous le mettre dans les yeux et les mains et la peau et que ça se propage partout les nuages et le ciel et la terre comme quand on était petit et que nos habits se transformaient en fusées. Rentrez doucement et tranquillement et avec grâce et confiance et joliesse pour pas faire bobos partout de quand on en a plein le coeur d’amour mais que ça fait boum contre les murs qui des fois se mettent debout surtout dans les villes et capitales où j’erre au milieu des talons faux fards moches sur les joues et les pubs qui vous disent que vous êtes forts dans votre bordel doré. C’est tout à l’heure que je m’en rentre et quand même ça sent bon déjà, un nuage dans la bruyère, plus un brouillard nul part, que des parfums à suivre​…

La philosophie de l’étang, 2012

…Or écoutez-moi bien, la subjectivité n’est rien d’autre qu’objectivité et c’est justement par cela que la phénoménologie a été renversée. Car, puisque fenêtre peut être porte, le chemin d’accès est tout entier dans une objectivité subjectivement onto théologique. La mort de la phénoménologie nous l’explique très clairement, et tout homme devrait accéder à cette évidence prodigieusement dogmatique. Suivez mon raisonnement attentivement, vous verrez qu’il est assez enfantin mais, à tous les égards, capable de révolutionner nos concepts actuels. Car voilà, qu’est-ce que nous dit cette mort de la phénoménologie ? Elle nous dit : chaque homme est toujours porte ouverte. Or, voyez comme cette porte ouverte est l’élément suprême du phénomène de clôture, clôture en tant que contenant clos et clôturé cherchant tout à la fois à éclore et à s’auto curer. Je m’explique : ses désirs et ses passions portés au fond de son contenant forment le paradoxe absolu et souverain de tout être humain, puisqu’elle est -la porte ouverte j’entends bien- à la fois contenant et contenu. Contenant car elle contient et contenu car elle est dans le contenant lui-même ce que contient d’autres contenus que ces contenus mêmes contents d’être contenus continuent à contenir et se contenir au fond du content contenant. Or, ce contenant n’est rien d’autre que l’essence immanente du contingent accidentel ! Car il est dit que le contenant a été privé de lumière, de lanterne et donc, par conséquent, de dieu ! Il est le résultat d’une absence, d’une part, de toit et, d’autre part, de fenêtre ! Car, vous le savez bien, toute porte ouverte est également fenêtre entre-ouverte et n’est finalement que référence fondamentale à la sphère de puissance destructive de la nouvelle condition fondamentalement éthique et onto théologico historique qui se plonge dans l’étant sauvage et s’exclut lui-même du débat politico philosophique, à savoir : sommes nous ou non à la fois rideau et fenêtre ou bien les rideaux ne sont-ils en fait que l’expression intrinsèque d’une négativité de l’être déterminé par l’ouverture ? Cette question demeure sans réponse. Sans réponse oui, puisque la fenêtre est uniquement entre-ouverte, ni ouverte ni entrée mais dans l’antre de l’ouverture a priori fermée mais possiblement prête à faire entrer par l’ouverture cette lumière à la fois absente et pressante. Donc dieu est a fortiori parmi les hommes pour autant que ces hommes conservent leurs ouvertures ouvertes…