Poèmes

Issus de mon recueil Ci-gît Vivance, 2014

 

Affranchis

Petits bateaux jugés
Frappés par les rouages
En recherche d’un âge
Qu’un chacun médisait

Dits fous loin vous voyez
Et êtes force enfin
De ce présent qui vint
En vos revers de mains

Fermes abaissez fronde
Vous êtres fonds sans fin
Fondez aux cieux suprêmes
L’apogée de la foi

 

*****

 

Souciance

À tout enfant mystère
Dont les imaginaires
Sont jugés maladifs

Lui que l’on force tôt
À mener en bateau
Le vrai qu’il détenait

À qui l’on a fait croire
Que lui ôter des mains
N’était que pour son bien

Faisant chaque fois taire
Sa petite voix claire
Qui savait le chemin

Petit insouciant être
Qui bien ancré au ciel
Sait être par le cœur

Et qui dans l’insouciance
A gardé dans la main
Le doigt de son gardien

En soi il veille encore
Et n’attend plus
Qu’être entendu

 

*****

 

Bascules

Passant mont aussitôt
De la plaine au plateau
Tant de vues inégales
De visions marginales

Mon voisin ne perçoit
Que son rythme d’exploit
Quand l’étape me manque
Dans cela que je tente

À chacun sien son temps
Une opinion vaut tant
Qu’un goût une saveur
Puisqu’il y en a plusieurs

 

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Vie

Chacun dit qu’elle est pâle
Délavée par l’ennui
Et nous quitte la nuit
Dés que surgit le râle

On dit que ses traits froids
Et son grand regard fier
Jamais ne considère
Nos yeux cernés d’effroi

Et pourtant elle s’affaire
Cette dame attentive
Se fait si créative
Pour nos chaines défaire

Elle nous le dit sans fin
En quête poursuivie
 Écoutons l’aimée Vie
Elle nous le rendra bien

 

*****

 

Tortueur

Puisque le bien n’est rien d’autre qu’un mal omis
Et que la faute épanche un bien qui mal a dit
Aucun tort il n’y a ni d’un blâme mérite
Car il ne vient de rien de plus que comme nous
La fébrile bonté d’une peine à aimer
La beauté des penchants qu’un chacun cherche en l’autre
Le chagrin de tout manque et la peur de soi-même
Alors nous-mêmes fils ne jugeons pas nos frères
Voyons en l’acte odieux le cœur d’un oublié
D’un être désolé qui n’avait su parler
Laissons mourir enfin les dieux intransigeants
Qui dictent pénitence que nul ciel appelle
Pour qu’à demain chacun se soutienne et pardonne
Ce que depuis toujours la parole alléguait

 

*****

 

Consolation

Petite vie mignonne
Donne moi toi
Tout ton amour
Pour pas que j’en demande
Aux autres

Douce existence aimée
Accueille-moi
Dans ton sein chaud
Pour qu’à jamais toujours
Je vive

Eau vive immensité
Étend toi là
Dessus ma peau
Que le jour entier coule
En moi

Et que toujours la terre
Dans sa couche superbe
Évoque les silences
Qui sur moi-même veillent

 

*****

 

L’eau m’y coule

Seule ici ne suis point
En cet heureux dédale
Que forme chaque flamme
Entre une bûche en coin

Je mange en plat de gré
La courge du jardin
Qu’à l’automne en dédain
Poussait l’herbe malgré…

Le seul son du silence
Et la lucarne noire
Qui par le sombre soir
S’épanche en reflets rances

Je suis là solitaire
Fidèle à ce qui brûle
Et que sans un scrupule
J’étends dessus ma chaire…

Ô douce maison sage
En paroles, endormie
Tu couches sur ma vie
Les quêtes de mon âge…

Et je vis !

 

*****

 

Dédale

C’est à l’été des mois d’avril
Abandonné entre deux villes
Que naquit un peuple fragile

Chacun marchait à petit pas
Tenant son cœur à bout de bras
Le pressant fort entre les doigts

Demeurée seule amie breuvage
À materner de leur langage
Veillait leur liberté sauvage

 

*****

 

Prodige

Ô grand dieu sombre
Dans tes yeux fous
Je vois l’écrin
De ta tendresse

Car au-delà
De tes orages
Il est un cri
Qui m’émerveille

Celui de tes
Enfants sauvages
Qui apparaissent
Au jour naissant

Celui de leur
Dernier instant
Tandis que tes
Mains les protègent

 

*****

 

Pluriels

L’on est ci
L’on est ça
Ni comme ci
Ni comme ça

Toi tu ris
Moi je pleurs
Toi tu vis
Moi je meurs

L’on est bon
L’on est mal
L’on est beau
L’on est pâle

L’on est tout
L’on est rien
Pas que ci
Pas que ça

L’on est là
L’on n’est plus
Ni ici
Ni là bas

Moi je ris
Toi tu pleurs
Moi je vis
Toi tu meurs

Tralala